Dans un exploit environnemental sans précédent, le cours inférieur de la rivière Klamath s’écoule désormais librement pour la première fois en plus de cent ans, redonnant aux saumons un accès direct à leurs frayères ancestrales. Kiewit Infrastructure West Co., dans le cadre d’un contrat de conception-construction progressive, a démantelé avec succès quatre barrages hydroélectriques, restaurant 56 kilomètres de rivière en Oregon et en Californie à leur état naturel. Le projet représente le plus vaste retrait de barrages jamais réalisé dans l’hémisphère occidental.

Renverser la tendance : Une réussite collective

Construits entre 1911 et 1962, les quatre barrages avaient dégradé la qualité de l’eau et compromis les populations de poissons. Autrefois troisième rivière productrice de saumon de la côte ouest du Pacifique, la Klamath a vu ses stocks s’effondrer sous l’effet de températures d’eau élevées et d’une forte prolifération d’algues. Les communautés autochtones situées en aval, dépendantes de cette ressource, en ont subi les conséquences, amorçant dès 2006 une série de recours juridiques. Ces démarches ont mené à l’Entente sur l’hydroélectricité de la rivière Klamath et à la création, en 2016, de la Klamath River Renewal Corporation (KRRC), financée à hauteur de 450 millions de dollars par des obligations liées à l’eau de la Californie et des surtaxes versées par les clients de PacifiCorp. Après six années de travaux en conception-construction progressive, l’effort conjoint avec Knight Piésold, ingénieur responsable, s’est terminé en octobre 2024. L’obtention des permis nécessaires auprès de la Federal Energy Regulatory Commission et d’organismes fédéraux, étatiques et locaux a exigé quatre années; la construction, quant à elle, s’est déroulée en seulement deux ans. La majorité des travaux a été exécutée en forces propres par Kiewit, nécessitant une planification minutieuse des accès et des méthodes, incluant des ponts temporaires, des enceintes étanches et des excavatrices suspendues par câbles pour manœuvrer sur des pentes abruptes. Les opérations comprenaient aussi le dragage à l’entrée du tunnel de Copco No. 1 à l’aide de barges modulaires Flexifloat, le forage et le dynamitage de la roche et du béton, l’assainissement des matières dangereuses, ainsi que le démantèlement mécanique et électrique.

Une rivière, quatre barrages, d’innombrables défis

« La singularité du projet tenait à son ampleur », a expliqué le chargé de projet Dan Petersen. « Nous avions trois chantiers distincts répartis dans deux États, et leur coordination devait donc être irréprochable. » Chaque barrage posait ses propres défis. L’ouvrage d’Iron Gate, en Californie, un barrage en remblai d’environ 49 mètres de hauteur, présentait des enjeux majeurs de sécurité puisque son évacuateur de crues d’urgence n’était pas opérationnel pendant le retrait. Plus de 765 000 mètres cubes de remblai devaient être excavés, ce qui exigeait une gestion rigoureuse des débits en amont et des périodes climatiques favorables. Copco No. 2, construit au début du XXᵉ siècle, a été démantelé « à sec » grâce à un équilibrage hebdomadaire des réservoirs et à des arrêts permettant un assèchement temporaire. Le barrage en béton Copco No. 1 renfermait des rails de chemin de fer comme armature, plutôt que des barres d’acier classiques. Sa démolition a nécessité le creusement, à travers la base du barrage épaisse de 30 mètres, d’un tunnel de 3 mètres de diamètre sur 27 mètres de longueur, avant de dynamiter le bouchon final pour drainer le réservoir. Le barrage J.C. Boyle, en Oregon, était alimenté par un canal de dérivation en béton de 3,2 kilomètres longeant le canyon de la rivière, menant à deux conduites forcées de 3 mètres de diamètre qui faisaient chuter l’eau de 122 mètres jusqu’à la centrale. L’intervention nécessitait des équipements spécialisés soutenus par treuil. « Les risques étaient nombreux et nous avions peu de projets antérieurs de référence », a indiqué Petersen. « Nous sommes revenus aux fondamentaux : plans de travail détaillés, rencontres quotidiennes de coordination et une volonté constante d’améliorer un élément chaque jour. » « Chaque aspect du projet exigeait des solutions sur mesure », a ajouté le sponsor du projet, Nick Drury. « Ce n’était pas seulement déplacer de la terre; il fallait composer avec les exigences réglementaires et assurer la sécurité dans un environnement escarpé et isolé. »

Équilibrer la nature, les échéanciers et les risques

L’un des plus grands défis consistait à gérer les réservoirs tout en maintenant les débits requis en aval. Les travaux devaient respecter les périodes de migration et de frai du saumon; le moindre retard risquait de reporter le projet d’une année entière. La coordination était cruciale. Une analyse hydraulique approfondie a guidé la planification, tant en préconstruction qu’en construction, afin de synchroniser les débits provenant des barrages en amont, de maximiser l’évacuation des sédiments et de prévoir des scénarios de contingence en cas de crue exceptionnelle. « Les fenêtres liées à la migration du saumon ne laissaient aucune marge d’erreur », a rappelé Drury. « La précision était essentielle, et toute l’équipe savait qu’un faux pas pouvait repousser le projet d’un an. » La coordination entre les trois chantiers reposait sur des appels quotidiens et des réunions de gestion. Le personnel de sécurité, d’environnement et le gestionnaire de construction étaient affectés à l’ensemble des sites afin d’assurer cohérence et efficacité. « Nous équilibrions quatre réservoirs en même temps, en préservant l’accès aux travaux, en maintenant les débits en aval et en nous protégeant contre une crue centennale », a expliqué Drury.

Relier les équipes, bâtir la confiance

La multiplicité des sites et leur éloignement constituaient des défis logistiques majeurs. « Kiewit a pu mettre en place une organisation qui permettait de surmonter ces deux défis. » Environ 75 % du personnel vivait sur place dans deux camps temporaires pouvant accueillir 54 et 20 véhicules récréatifs, dotés de buanderies, d’équipements d’entraînement et d’une tour cellulaire temporaire pour maintenir le lien avec les familles. Petersen a expliqué l’importance de cette organisation inhabituelle et la façon dont elle avait transformé la dynamique de l’équipe à l’égard du travail. « C’était essentiel, car nous étions à deux heures de toute ville », a-t-il précisé. « Ce n’est pas un horaire de neuf à cinq. En revenant au camp, on continue de parler du travail et de ce que nous allons faire le lendemain. » Selon Drury, le fait que l’équipe vive sur le chantier n’était pas qu’une nécessité logistique, cela s’est transformé en une expérience de cohésion qui a joué un rôle essentiel dans le renforcement de la collaboration. Petersen a ajouté : « Chaque jour, les différents sites présentaient leurs travaux les uns devant les autres et en discutaient. » Les équipes se mesuraient les unes aux autres, étaient fières de leurs projets, et cela paraissait clairement. « Cette motivation et cette énergie supplémentaires pour bien faire rendaient tout simplement le travail plus facile », a-t-il ajouté.

Une rivière retrouvée

Les projets d’infrastructure de cette ampleur sont souvent associés à des retards et à des dépassements de coûts. Celui-ci a pourtant été livré avant l’échéancier et dans les limites budgétaires prévues. Laura Hazlett, chef de l’exploitation et directrice financière de la KRRC, a salué la capacité de l’équipe à résoudre rapidement les enjeux et l’excellence opérationnelle de Kiewit. « C’est le plus vaste projet de restauration de bassin versant réalisé aux États-Unis, et dès le départ, les inquiétudes étaient nombreuses. Le projet comportait des risques, mais j’ai toujours eu une grande confiance. » Hazlett a indiqué que l’équipe savait élaborer rapidement des solutions à chaque enjeu qui surgissait et que Kiewit était en mesure de les mettre en œuvre presque instantanément. « J’apprécie énormément leur capacité à saisir les occasions et à réagir rapidement. » « Je crois qu’au final, cela a conduit au succès du projet », a-t-elle ajouté. « Cela donne de bons résultats. Je n’aurais pas pu espérer mieux », a-t-elle indiqué. « Je pense que Kiewit a été un partenaire formidable. « Je les recommanderais sans hésitation. » « Je retravaillerais avec eux sans hésiter. » Avec l’enlèvement des barrages, la rivière Klamath est prête à retrouver son rôle d’habitat florissant pour le saumon et les autres espèces. L’achèvement du projet constitue non seulement un jalon environnemental majeur, mais aussi un précédent pour de futures interventions de restauration à grande échelle.