Chaque matin, Shaleen Parker accueille les travailleurs à leur arrivée à l’installation Golden Triangle Polymers d’Orange, au Texas. En tant que responsable de la VTSS (La Voix des travailleurs en santé-sécurité), elle s’assure ainsi de leur bien-être mental et émotionnel.
« S’ils ne sont pas dans le bon état d’esprit, ils ne peuvent pas être ici ni travailler en toute sécurité. » S’ils pensent à leur famille à la maison, à un divorce ou à un suicide, si leurs pensées sont ailleurs, ils ne peuvent pas travailler ici en toute sécurité », a souligné Shaleen.
Il s’agit du quatrième projet de Shaleen chez TIC, The Industrial Company, une filiale de Kiewit, où l’engagement « Personne ne se blesse » ne fait l’objet d’aucune concession. Les statistiques alarmantes sur la santé mentale dans le secteur de la construction amènent des entreprises comme Kiewit à s’attaquer directement à ce problème.
« Nous en parlons constamment », indique Shaleen au sujet du programme de santé mentale de Kiewit, Sous le chapeau.
Qu’il s’agisse de prendre des nouvelles des travailleurs à leur arrivée, de discussions lors des Causeries sécurité, de formations ou d’offrir un soutien à un collègue en détresse, l’objectif demeure clair : les travailleurs de la construction ne souffriront plus en silence.

As du changement

Avant 2016, il existait peu de données permettant de mettre en évidence cette crise de santé publique. Toutefois, après la publication d’une étude du Centre pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) en juillet de cette même année, les statistiques ont commencé à affluer. À mesure que la nouvelle se répandait, les réactions se sont multipliées. « Nous avons créé l’Alliance de l’industrie de la construction pour la prévention du suicide en octobre 2016 », se souvient Cal Beyer, aujourd’hui directeur principal du projet SAFE. Les données les plus récentes sur le suicide dans l’industrie de la construction indiquent que 56 travailleurs masculins sur 100 000 sont décédés par suicide. C’est presque quatre fois plus que la moyenne nationale des États-Unis. » Monsieur Beyer souligne que les chiffres sont encore plus élevés chez les travailleurs de l’industrie minière, soit 72 pour 100 000. À titre comparatif, les travailleurs de la construction sont cinq fois plus susceptibles de mourir par suicide que de se blesser au travail. Avant d’occuper son rôle actuel, Monsieur Beyer a aidé des leaders du secteur à sensibiliser le public à cette crise silencieuse. Le projet SAFE est une organisation nationale à but non lucratif dont l’acronyme signifie « Stop the Addiction Fatality Epidemic ». Il siège également à plusieurs groupes et comités nationaux, où il surveille les données émergentes et élabore des mesures visant à orienter les tendances du secteur. « Nous consacrons énormément de temps à la sécurité physique », a-t-il souligné. « Comment pourrions-nous ne pas aborder la santé comportementale, incluant le stress, l’anxiété, la consommation de substances, le suicide et les opioïdes? » Aujourd’hui, il met en relation des entreprises comme Kiewit pour les aider à promouvoir le changement. Beaucoup d’entre elles utilisent d’ailleurs leurs programmes de santé-sécurité comme point d’entrée pour aborder le sujet. En 2021, Rick Lanoha, président et chef de la direction de Kiewit, a établi un lien entre santé mentale et sécurité dans un message vidéo destiné à l’ensemble de l’entreprise. « Nous avons tous une responsabilité individuelle », a-t-il déclaré. « Si quelqu’un souffre, tendez-lui la main. N’attendez pas que quelqu’un d’autre intervienne. J’attends cela de vous de la même manière que je m’attends à ce que vous vous exprimiez si vous observez une situation dangereuse sur un chantier. » Quelques mois plus tard, Alicia Edsen, vice-présidente principale et directrice de la santé-sécurité au travail de l’entreprise, a mis sur pied un comité chargé de coordonner les efforts et de donner une nouvelle identité aux initiatives de Kiewit en matière de santé mentale sous le nom « Sous le chapeau ». « Nous voulions que nos employés et leurs familles puissent accéder facilement aux outils et aux services dont ils ont besoin lorsque les temps sont difficiles. » « Nous avons effectué de nombreuses recherches sur la formation, les ressources et les programmes robustes de soins en santé mentale », se souvient Madame Edsen.

Depuis le lancement du programme Sous le chapeau, Kiewit a intégré la santé mentale à son mode de fonctionnement grâce à des stratégies de communication mensuelles, à l’implication des équipes de la VTSS et à l’établissement de normes minimales en matière d’affichage. Le programme contribue également à favoriser la discussion entre collègues.
« Kiewit est depuis longtemps un chef de file en matière de santé-sécurité, et je m’attends à ce que nous soyons également un chef de file en matière de sensibilisation à la santé mentale », a déclaré Rick Lanoha, président et chef de la direction. « Ce problème ne disparaîtra pas, et il incombe à chacun, quel que soit son rôle, de prendre le temps nécessaire et de faire preuve du leadership requis pour apprendre et aider. »

Monsieur Lanoha est l’un des membres fondateurs du Conseil consultatif des dirigeants d’entreprise, un regroupement de chefs de direction et de dirigeants syndicaux du secteur de la construction qui travaillent à trouver des solutions pour contrer le taux élevé de suicides chez les travailleurs de la construction.

« Je suis heureux de voir que de plus en plus de nos pairs tiennent de véritables discussions au sujet de la santé mentale. Ces statistiques sombres ne sont pas que des chiffres, ce sont des personnes, nos amis, nos collègues et les membres de nos familles. Dans une profession comme la nôtre, où les chemins se croisent souvent, nous devons tous nous engager à trouver de véritables solutions si nous voulons orienter la santé de notre industrie dans la bonne direction », a-t-il déclaré.

Kiewit se concentre également sur des moyens de renforcer la résilience de sa main-d’œuvre. « La santé mentale devrait faire partie des gestes que nous posons chaque jour pour prendre soin de nous, bien avant d’atteindre un point de rupture. Il s’agit de reconnaître que la vie est exigeante et d’apprendre à prendre soin de soi et des autres en toutes circonstances », a ajouté Madame Edsen. Sundt Construction avance également dans cette direction depuis 2021. « Auparavant, on entendait souvent que les problèmes personnels devaient rester à la porte », a expliqué Patricia Mason, responsable du recrutement, de la rétention et du développement des travailleurs chez Sundt Construction. « En tant que femme sur le terrain, on ne veut pas être perçue comme émotive, et j’ai donc adhéré à cette culture. » Madame Mason savait qu’il était temps d’amorcer un changement. Lorsque Paul Levin, vice-président de Sundt et directeur de la santé-sécurité et de l’environnement, a sollicité des volontaires pour suivre la formation de certification des formateurs de Construction Working Minds en 2022, Patricia Mason et Jessica Beyer, responsable des systèmes de contrôle de projet, se sont jointes à l’initiative. « Cela a vraiment été un moment déterminant », a déclaré Jessica Beyer. « Nous sommes reparties avec toutes ces statistiques en tête et une compréhension claire de l’ampleur des enjeux auxquels notre industrie faisait face. Dans l’état d’abattement où nous nous trouvions, il était difficile de savoir quoi faire ensuite. » Elles ont parcouru plusieurs chantiers pour offrir des séances d’information sur la santé mentale, dans l’espoir d’encourager un dialogue plus ouvert. En 2023, elle a perdu un ami de la famille, également travailleur de la construction, qui s’est suicidé. « C’est à ce moment-là que je me suis dit que nous devions vraiment trouver des solutions. »

Premiers secours en santé mentale

Jessica Beyer et Patricia Mason ont découvert un cours de huit heures appelé Mental Health First Aid (MHFA), offert par le National Council of Mental Wellbeing (Conseil national du bien-être mental). Elles ont obtenu leur certification d’instructeur et ont ensuite commencé à encourager les inscriptions au programme. Le programme Mental Health First Aid peut sembler intimidant, mais Jessica Beyer explique qu’il atténue la pression de devoir toujours connaître les bonnes réponses, grâce à une base de formation permettant d’offrir un soutien entre pairs. « Lorsque vous donnez les premiers soins en réanimation cardiorespiratoire, êtes-vous médecin? Non. Êtes-vous chirurgien? Absolument pas. Êtes-vous un bon samaritain? Absolument. C’est le même principe », a expliqué Jessica Beyer. Sundt souhaite que deux personnes formées au programme MHFA soient présentes sur chaque chantier et qu’un formateur d’entreprise soit chargé d’offrir le cours en espagnol. Cette stratégie, combinée à l’élaboration de listes de vérification avant le début des travaux, fait partie de leur plan d’intervention en cas d’urgence. Patricia Mason affirme que la démarche porte ses fruits. « Bien qu’il subsiste souvent une certaine hésitation à amorcer ces conversations, une fois que les gens participent à une formation sur les premiers secours en santé mentale, ils expriment leur gratitude d’avoir vécu cette expérience, d’avoir eu la permission d’être vulnérables et l’occasion d’aider leurs collègues de la construction. » Elles indiquent que le soutien offert par les surintendants et par le personnel à tous les niveaux, jusqu’à la haute direction, a été remarquable.

Montrer l’exemple

Ken Stinson, président émérite de Kiewit, a réaffirmé que le soutien des dirigeants est essentiel. « Pendant des années, les dirigeants de l’industrie de la construction étaient très peu sensibilisés aux manifestations des maladies mentales », a-t-il indiqué. Monsieur Stinson, qui a pris sa retraite comme président et chef de la direction de Kiewit en 2005, estime que la pénurie de praticiens, la hausse des problèmes de santé mentale chez les jeunes et les conséquences de la pandémie ont aggravé une situation déjà préoccupante. Il oriente maintenant ses efforts philanthropiques par l’intermédiaire de la Mental Health Innovation Foundation, qui a récemment soutenu la construction du Children’s Nebraska Behavioral Health and Wellness Center, à Omaha. Monsieur Stinson est convaincu que parler de santé mentale dans le milieu de travail relève des valeurs fondamentales. « Je suis presque certain que 99,9 % des dirigeants de l’industrie de la construction, lorsqu’on leur demande quel est leur actif le plus important, répondraient que ce sont nos gens. Si votre actif le plus précieux est exposé à des risques, que ce soit leur vie, leurs performances, la stabilité de leur couple ou leur vie familiale, pourquoi ne considéreriez-vous pas cela comme une menace supplémentaire à leur santé? »

 

Cal Beyer partage ce point de vue : « Le soutien des dirigeants, depuis le sommet de l’organisation, est essentiel, et ils doivent être visibles. » Il parle des « trois V » : visibles, vocaux et vulnérables. « Lorsque ces trois éléments sont présents, cela se répercute dans toute l’organisation, de haut en bas. La crainte de représailles disparaît. »

Bien que les chiffres demeurent préoccupants, Cal Beyer y voit une histoire porteuse d’espoir. « Notre industrie a réagi. Nous n’avons pas balayé le problème sous le tapis. Nous ne l’avons pas ignoré. »

Il souligne que des entreprises de construction ont adopté des programmes de mieux-être mental, que des associations offrent désormais de la formation et que des programmes d’apprentissage, syndicaux ou non, intègrent cet aspect à leur cursus.

Pour des personnes comme Parker, Mason et Jessica Beyer, qui mènent ces conversations, les résultats se constatent directement sur le terrain, auprès des collègues auxquels elles tiennent.

Quand on apprend qu’un simple numéro de téléphone partagé avec quelqu’un a réellement changé sa vie, c’est ce qui me fait aimer mon travail autant », a ajouté Parker. « Je trouve que nous avons fait énormément de chemin, et j’en suis reconnaissante, parce que je vois concrètement la différence que cela fait sur le terrain, dans nos métiers et sur ce chantier en particulier. »

« J’aime profondément nos gens », a déclaré Mason. « C’est pour ça que je fais ce travail. « Je ne veux plus en perdre un seul. »